Combien vous coûte votre banque selon votre profil

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Un an après l’entrée en vigueur de la loi sur la mobilité bancaire, et alors que des acteurs numériques apparaissent sur le marché français, les banques affichent des prix quasi stables pour 2018 selon le baromètre Meilleurebanque.com pour « Le Monde ».

Une fois n’est pas coutume, l’heure est à la modération pour les tarifs bancaires : les frais ont augmenté en moyenne de 0,34 % sur un an pour les six profils du baromètre réalisé par le comparateur Meilleurebanque.com pour Le Monde. « Les réseaux ne peuvent plus se permettre d’augmenter leurs tarifs. La loi Macron sur la mobilité bancaire facilite le changement d’établissement, et les clients ont désormais confiance dans les banques en ligne, qui sont 80 % moins chères, voire plus », analyse Maxime Chipoy, responsable de Meilleurebanque.com.

Entrée en vigueur il y a tout juste un an, le 6 février 2017, la loi sur la mobilité bancaire simplifie en effet le changement de banque puisque la nouvelle banque du client se met directement en relation avec l’ancienne pour mettre en place les changements de domiciliation des prélèvements et virements récurrents. La réglementation facilite certes le changement, mais n’a pas donné lieu à une révolution. Car la force d’inertie est considérable : « Les Français sont extrêmement fidèles à leur banque, dans laquelle ils restent en moyenne une quinzaine d’années. Cette durée tend à diminuer, mais elle relève presque de l’irrationnel », constate Baudouin Choppin de Janvry, directeur conseil industrie financière chez Deloitte. Les mauvaises langues estiment qu’il est plus fréquent de divorcer que de changer de banque.

Au-delà de la réglementation sur la mobilité, une autre hypothèse permet d’expliquer la modération dont font preuve les banques cette année pour établir leurs tarifs. La concurrence s’est en effet considérablement développée. Les réseaux se voient grignoter des parts de marché par les banques en ligne historiques depuis une quinzaine d’années. Ainsi, Boursorama compte 1,2 million de clients, contre 1 million pour ING Direct et 670 000 pour ­Fortuneo. Basées sur la gratuité des produits et services du quotidien, ces établissements se sont peu à peu installés sur le marché. « Nos clients ont réglé en moyenne 11,75 euros de frais en 2017 et 59 % d’entre eux n’ont rien payé. Ces chiffres confirment que les banques en ligne permettent aux clients de faire jusqu’à 180 euros d’économies par an par rapport aux réseaux traditionnels », estime Benoît Grisoni, directeur général de Boursorama.

La facturation Internet se marginalise

Pourtant, le ciel s’assombrit pour les banques en ligne historiques. « Jusqu’à une période récente, elles étaient les challengers des réseaux traditionnels. Depuis peu, elles sont elles-mêmes challengées par les néobanques », décrypte ­Julien Maldonato, associé conseil innovation chez Deloitte. Car la véritable nouveauté de l’année 2017 est l’arrivée sur le marché français de nouveaux acteurs digitaux.

Lancée en novembre 2017 après plusieurs reports, Orange Bank ambitionne de convaincre 2 millions de clients en dix ans. La force de frappe de l’opérateur télécoms, qui compte 27 millions de clients en téléphonie, inquiète à la fois les réseaux traditionnels et les banques en ligne. De quoi plaider pour le statu quo sur les prix. Autres nouveaux entrants sur le marché, la banque allemande N26 a ouvert ses portes virtuelles en janvier 2017, rejoint en septembre par la version française du site britannique Revolut.

Les clients des banques de réseaux classiques bénéficient indirectement de cette concurrence accrue. Mais attention, la stabilité des services bancaires ne s’applique pas uniformément à tous les tarifs.

Ainsi, les frais de tenue de compte se sont généralisés ces dernières années. Ils s’élèvent en moyenne à 21,33 euros par an, soit 2,24 % de plus qu’un an auparavant. Il est à noter que les banques en ligne n’en facturent pas. Le coût des cartes bancaires est relativement stable (+ 0,5 %), avec toutefois une hausse des tarifs des cartes à débit immédiat, tandis que celles à débit différé voient leurs prix baisser. Ce mouvement lancé il y a deux ans témoigne de la volonté des banques d’inciter leurs clients à choisir une carte à débit différé, faisant l’objet de commissions interbancaires réduites, plutôt qu’à débit immédiat. Ainsi, la carte classique à débit différé coûte en moyenne 45,19 euros (− 1,26 % sur un an), tandis que son homologue à débit immédiat est facturée 43,22 euros (+ 2,43 %).

Du côté des bonnes nouvelles, la facturation de l’abonnement Internet, permettant de consulter ses comptes et de réaliser des virements externes, tend à se marginaliser. Le nombre de banques le facturant diminue, et la note recule parmi ceux qui continuent à le facturer. Ainsi, pour notre profil de cadre, seuls 15 établissements sur 113 étudiés continuent à facturer des frais d’abonnement Internet en 2018, contre 18 l’an dernier, pour un montant moyen de 17,80 euros, en baisse de 14,2 %.

Assurance superflue

A noter, l’assurance « moyens de paiement » passe de 24,72 euros à 24,81 euros sur un an. Une hausse modérée, certes, mais pour un service dans la pratique largement inutile. En effet, la réglementation impose aux banques de rembourser intégralement le client en cas d’utilisation frauduleuse de sa carte bancaire. De plus, depuis l’entrée en vigueur de la directive sur les services de paiement (DSP2), le 13 janvier 2018, l’éventuelle franchise restant à la charge du client est passée de 150 euros à 50 euros. « Cette franchise ne s’applique que dans des cas exceptionnels, en cas de grave négligence du client qui a par exemple inscrit son code secret sur sa carte. Et cette négligence doit être prouvée par la banque », explique Maxime Chipoy.

Dans l’écrasante majorité des cas, la victime est remboursée par la banque sans franchise en cas de vol ou de fraude, ce qui signifie que l’assurance « moyens de paiement » est superflue. « Ces assurances couvrent aussi la perte des papiers d’identité ou des clefs. Mais les banques exploitent les craintes de leurs clients sur la carte bancaire pour leur vendre ce service, pourtant totalement inutile en cas de vol de cette carte », ajoute M. Chipoy.

Reste à savoir comment évoluera le marché durant les prochains mois. Nul doute que les patrons des réseaux bancaires traditionnels scruteront attentivement les succès commerciaux de leurs nouveaux concurrents mobiles. « Les banques de réseaux sont engagées dans un long processus de fermeture d’agences, qui à terme leur permettra de réduire leurs coûts. La grande inconnue est de savoir si elles répercuteront cette baisse de coût sur leurs clients en baissant leurs tarifs », s’interroge Maxime ­Chipoy.

La suite de l’article : Combien vous coûte votre banque selon votre profil
Le Monde – Argent et Placements – 6/02/2018

 

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